Fantasia commémore les 60 ans de la Guerre de Corée avec A LITTLE POND

Il y a 60 ans, la Guerre de Corée faisait rage. Le 25 juin 1950, deux ans après la partition de la péninsule coréenne qui entraîna la fondation de la République de Corée (Corée du Sud) et de la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord), plus de 100 000 soldats de l’armée nord-coréenne, dirigée par Kim Il-sung (père de l’actuel chef du régime de Pyongyang Kim Jong-il et membre actif de la résistance coréenne durant l’occupation japonaise), franchirent la frontière séparant les deux états et frappèrent de plein fouet leurs voisins du sud totalement pris au dépourvu. L’offensive fut si fulgurante que la presque totalité du territoire sud-coréen fut prise en quatre mois. Malgré l’appui des forces onusiennes, dont plusieurs soldats canadiens, seule la région entourant la ville de Pusan résistait toujours à l’envahisseur en septembre 1950. Une audacieuse stratégie offensive des forces de l’ONU, majoritairement composée de soldats américains, fut alors menée et permit ensuite de repousser l’armée communiste au-delà de leur frontière et des les acculer rapidement en bordure du territoire chinois. La Chine repoussa les Américains et les Sud-Coréens au-delà de la frontière séparant les deux Corées et reprit même Séoul. À ce moment, le spectre d’une troisième guerre mondiale planait sur ce conflit fratricide, alors que le légendaire général américain Douglas MacArthur rêvait de se livrer à une offensive d’envergure contre la Chine et suggéra même l’utilisation de l’arme atomique, ce qui lui valut d’ailleurs de se faire démettre de ses fonctions, et que la République populaire de Chine et l’U.R.S.S. étaient prêts à toute éventualité. Après de nombreuses batailles sanglantes, le front fut finalement stabilisé en 1952 et l’armistice fut signé le 27 juillet 1953. Mais comme nous pouvons le constater aujourd’hui encore, les tensions entre les deux états frères n’ont jamais cessé de refaire surface.

La Guerre de Corée a fait un nombre incalculable de victimes. Des millions de personnes périrent pendant les trois années que dura le conflit, dont plusieurs civils. L’un des épisodes les plus tristes et révoltants de massacres de gens innocents s’est déroulé à Nogunri, une petite ville au centre de Corée du Sud, entre le 26 et le 29 juillet 1950, il y a exactement 60 ans. Prises au dépourvu par la férocité de l’offensive nord-coréenne et croyant que des soldats communistes se faisaient passer pour des villageois, les forces internationales fortement ébranlées et confuses ont massacré près de la totalité de ses habitants qu’elles avaient elles-mêmes envoyés vers le Sud pour trouver refuge. Durant trois jours, réfugiés sous un pont après une attaque aérienne « amie », les gens de Nogunri ont essuyé les tirs des soldats venus sur leurs terres pour les sauver. Des centaines de civils périrent dans des circonstances atroces.

Pour les survivants et les familles des victimes, l’impuissance et le deuil furent éventuellement remplacés par la rage et l’incompréhension, car officiellement, ces événements ne se sont jamais produits. Les États-Unis ne reconnaissent toujours pas leur responsabilité dans ce triste pan d’une histoire coréenne déjà lourdement chargée. La Corée du Sud, elle, a admis du bout des lèvres. Et ce, malgré une série d’articles de l’Associated Press sortie en 1999 (qui lui a d’ailleurs valu le seul Prix Pulitzer de son histoire) et de nombreuses œuvres littéraires relatant cet incident, dont certaines inspirées de témoignages des survivants. Ces écrits ont non seulement ouvert les yeux de plusieurs personnes à travers le monde qui ne soupçonnaient même pas l’existence de cette tragédie, ils ont servi à étoffer le scénario du drame A Little Pond.

Premier long métrage de l’homme de théâtre Lee Saang-woo, A Little Pond relate ces événements de façon intimiste, poétique et infiniment prenante, grâce entre autres à des performances d’un réalisme confondant. La production s’est butée à des instances gouvernementales récalcitrantes et à des difficultés de financement, de sorte que huit longues années de travail furent nécessaires afin que cette œuvre voie le jour. A Little Pond est une œuvre aussi viscérale que réfléchie qui nous habite longtemps après l’avoir vue, mais c’est avant tout un cri du cœur et une charge contre l’oubli. Des films comme celui-ci, nous en aurons toujours besoin.

Nous tenons à souligner le fait que de nombreux soldats canadiens ont combattu durant la Guerre de Corée. Nous tenons également à leur rendre hommage pour le courage dont ils ont fait preuve durant cet épisode de notre histoire collective. Ciné-Asie, commanditaire du volet sur le cinéma coréen proposé par Fantasia cette année, prépare un événement spécial pour souligner les 60 ans de la Guerre de Corée et remercier les militaires canadiens qui on sacrifié leur vie au combat en 1950.

Nicolas Archambault

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A Little Pond sera présenté le dimanche 25 juillet à 21h30 et le lundi 26 juillet à 17h30 à la salle J.A. De Sève. Plus d’information, incluant une description, la fiche technique des images et la bande-annonce, sur la page officielle du film ICI.

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