
Simon Rumley m’a complètement déroutée en 2006 avec son primer film de genre The Living and the Dead, qui a récolté des prix un peu partout sur le circuit festivalier et lui a permis de s’établir comme l’un des talents internationaux importants. Malgré le fait qu’il avait déjà un catalogue impressionnant de films indépendants avant The Living and the Dead, la réponse du public envers ce film a fait en sorte qu’il se sente chez lui dans le domaine du film de genre depuis. Il vient juste de finir la postproduction sur une nouvelle anthologie de films créée avec les renégats du cinéma britannique Sean Hogan (Lie Still – distribué aux USA comme The Haunting of #24) et Andrew Parkinson (Venus Drowning) appelée Little Deaths, et il est en ville, à Fantasia, pour présenter la première canadienne de sa dernière œuvre Red White and Blue.
Le film – dans lequel trois personnages émotionnellement défigurés se retrouvent au centre d’un triangle de vengeance – met en vedette Amanda Fuller (Buffy the Vampire Slayer – jouant distinctement contre son type), Marc Sentner (The Lost) et l’étonnant Noah Taylor (The Proposition, The Life Aquatic, aspirant pour un rôle dans un éventuel drame biographique sur Nick Cave – juste pour dire) et a été coproduit par Tim League du célèbre Alamo Drafthouse Cinema. Simon et Tim ont été assez aimables pour répondre à quelques questions au sujet de conception de Red White and Blue, de trajectoire morale et de son futur prometteur sur le circuit des festivals.
—————————-
The Living and the Dead est un film tellement britannique, complètement isolé dans un monde aristocratique en décomposition, ainsi Red White and Blue est un changement évident par rapport à ça. Quel était l’attrait de se tourner vers les états sudistes pour cette histoire ? Autre que la référence évidente au drapeau américain, quelle est la signification du titre ?
Simon Rumley: Bien, il y a beaucoup de raisons d’avoir tourné à Austin, Texas, mais les principales sont:
1) À mon avis, faire des films au Royaume-Uni est plus ou moins un gaspillage de temps et d’énergie, puisqu’ils sont rarement soutenus par les spectateurs locaux et, par conséquent, rarement favorisés à l’étranger. J’ai toujours voulu faire un long métrage aux États-Unis, puisque les USA sont le roi culturel du cinéma, et je pense qu’il y a plus de possibilités pour un film et un réalisateur de film d’être vu et favorisé si c’est un conte américain plutôt qu’anglais.
2) J’avais des amis à Austin (Tim et Karrie League) à qui j’ai demandé s’ils étaient intéressés à être impliqués dans ce film et ils ont dit oui. Je savais que je pourrais leurs faire confiance et compter sur eux. Ainsi, j’ai eu une idée de film que je croyais pouvoir situer dans le paysage d’Austin et commencé à focaliser sur/explorer cette idée.
3) L’idée elle-même est basée sur une culture vigoureuse, mais relativement intime des clubs et des bars et, d’une façon ou d’une autre, ce n’est pas impossible que vous rencontriez la même personne dans deux clubs ou deux bars différents. Tandis que dans des endroits tels que New York, Londres ou LA qui ont cette culture, il est beaucoup moins crédible que vous voyez les mêmes personnes que ce ne le soit à Austin et c’est une partie importante de l’histoire.
La pertinence du titre, au-delà du fait que cela représente le drapeau américain, c’est ce que représente chaque couleur dans le langage familier : sang, colère, mort, crainte, pornographie, et plus de mort!
Tim – comment êtes-vous venu à bord en tant que producteur exécutif? Votre rôle était-il strictement financier, ou étiez-vous impliqué dans d’autres aspects?
Tim League: J’ai rencontré Simon à Fantastic Fest 2006 où The Living and the Dead a remporté presque tous les prix. Lui et moi avons continué à nous réunir au cours des années à de divers festivals de films et avons continué notre amitié. Il a tellement aimé Austin pendant sa visite à Fantastic Fest qu’il a fini par écrire un manuscrit qui se déroule à Austin. J’ai aimé le manuscrit et j’ai accepté de monter à bord en tant que producteur exécutif. Je ne pense pas vraiment continuer comme producteur, mais je vais le considérer quand le réalisateur s’avère être un bon ami comme Simon.
Mon rôle comme PE était d’aider Simon à se déplacer à travers Austin. J’ai assuré la restauration, le transport, j’ai organisé les rencontres avec le talent local (figurants, équipe, etc.) et j’ai également arrangé les lieux de tournage. Vraiment tout ce dont ils ont eu besoin à Austin. J’ai aidé à arranger notre campagne promotionnelle soit par l’entremise du Alamo Drafthouse directement, ou à travers notre réseau d’amis et d’associés. J’ai également logé la distribution et l’équipe de tournage durant la préproduction et la production, environ 12 semaines. C’était bien amusant, vraiment, mais encore, je ne compte pas démissionner de mon travail quotidien.
Qu’est ce qui vous a attiré au sujet du projet et qui vous a incité à décider d’en faire le premier film que vous avez soutenu?
TL: Je suis un amateur des films de Simon et j’ai aimé le manuscrit. Pour moi, tout commence toujours par le manuscrit. Vous pouvez avoir toutes les valeurs de production au monde, mais sans un bon manuscrit, votre film sera probablement de la merde.
Il y a tellement d’ambiguïté morale dans le film. Les gens font des choses ignobles, mais il ne semble pas y avoir de véritables antagonistes. Comment décririez-vous vos personnages?
SR: C’est exactement ça. Ceci est également très semblable à mon dernier film The Living and the Dead. Pendant que nous tous les humains sommes fêlés de tant de façons, et je pense que le concept du bien et du mal clairement délimité n’existe que dans la culture artistique. Dans mon esprit il n’y a pas tellement de noir et de blanc, mais vraiment beaucoup de gris.
Les personnages sont de bonnes personnes, en général, qui se sont égarées d’une façon ou d’une autre du droit chemin par leur propre volonté ou l’intervention des autres. Ils font tous de mauvaises choses, mais on peut dire qu’ils sont injustement punis pour leurs méfaits, ce qui rend les événements inévitables du film inutiles et tragiques.
Bien qu’il y ait de la violence dans le film, j’aime penser que c’est un film qui accentue la futilité de la violence – parce qu’à la fin, personne n’en ressort gagnant.
Je dois dire que Noah Taylor est incroyable dans le film. Je me rappellerais toujours de lui comme l’enfant dans The Year my Voice Broke. Quel était le processus qui a mené à son implication dans ce projet et quelles instructions lui avez-vous données pour obtenir une performance si stupéfiante et déchirante?
Encore une fois, vous avez entièrement raison! Noah est renversant et j’ai évolué en l’observant travailler. Comme vous, je l’ai vu la pour la première fois dans The The Year my Voice Broke durant les années 80 et puis dans Flirting, deux films que j’ai aimés. Je l’observe depuis et je pense qu’il est une de ces personnes qui sont d’un naturel absolu. Il a un talent inné qui ne peut ni être enseigné, ni être appris. À bien y penser, tous ceux à qui j’ai parlé de ce film sont des grands amateurs non seulement de sa performance dans ce film-ci, mais de lui en général.
Trois choses sur Noah:
1. Il a gagné l’équivalent du BAFTA australien quatre fois (je pense)
2. Il est l’acteur préféré de Russell Crowe (apparemment)
3. Ma critique préférée de Red White and Blue dit que la seule performance qui pourrait faire penser à la transition ayant fait passer Noah des performances qu’il donne habituellement à sa prestation dans ce film-ci est celle de Ben Kingsley quand il est passé de Gandhi à Sexy Beast.
Pour ce qui est d’obtenir les services de Noah sur ce projet, nous avons envoyé le manuscrit à son agent et il était disponible, l’a lu, l’a aimé, mais voulait s’assurer que ça n’allait pas se transformer en un Hostel. J’ai dit que ce ne serait pas le cas, il y a pensé durant le week-end et a décidé de le faire. C’était réellement très franc et direct et quand j’ai fini par le connaître mieux, il s’est avéré qu’il a toujours voulu jouer un tueur et que c’était l’un des meilleurs manuscrits (à son avis) qu’il n’avait jamais lu.
En termes d’« obtenir sa performance », pour être honnête, tout comme travailler avec Leo Bill dans The Living and the Dead, j’aimerais me venter d’avoir beaucoup influencé la performance, mais vraiment, quand il est venu sur le plateau de tournage, il était le personnage. Parfois j’ai dit « faites-le plus grand, faites-le plus petit », mais vraiment c’était lui. Noah a fait beaucoup de travail de recherche et d’arrière-plan, j’en ai vu les résultats et j’ai dit : « C’est excellent, continuez comme ça! »
Comme dans the Living and the Dead, il y a un personnage avec une mère en phase terminale dont la santé est menacée par ses propres actions. Pouvez-vous nous parler de ce thème récurrent?
Oui, c’est un peu étrange – aucun de mes prochains films n’a des mères en phase terminale! Ma mère est morte d’un cancer en 2002, après avoir été diagnostiquée 3 mois plus tôt. C’était le point de départ pour The Living and the Dead et je devine qu’il s’est infiltré dans Red White and Blue. C’était une expérience incroyablement énervante et désagréable (pour ne pas dire plus) et je ne le souhaiterais à personne, mais tristement, cette mort est une grosse partie de notre vie. Mais ouais, je ne prévois pas revisiter ce thème.
Pouvez-vous nous parler du rapport entre la vengeance et le pardon? Il y a quelques exemples assez extrêmes de ces deux sentiments dans le film.
Je pense que les personnages qui sont plus agressifs sont plus axés sur la vengeance et les plus bénins, sur le pardon, mais inévitablement, l’agression gagne de la même manière que les personnes qui crient le plus fort sont habituellement entendues. Comme je l’ai mentionné, le film est ultimement au sujet de la futilité de la violence et expose comment deux maux ne forment pas un bien – mais l’envers de la médaille, naturellement, est de se demander si le pacifisme et le pardon rendent vraiment les gens plus heureux comme le dicte la bible. Et je crois que l’on peut facilement en venir à la conclusion que ce n’est pas le cas. Entre la vengeance et le pardon, il n’y a vraiment pas de juste ni de mauvais, ce sont seulement différentes actions…
Vous avez réussi à me faire pleurer avec vos deux films de genre. Ceci me fait réfléchir au sujet des connexions entre l’horreur et la dévastation émotive. Pensez-vous qu’un film qui vous estropie émotionnellement peut être considéré comme un film d’horreur?
Ah, merci du compliment! J’aime penser que mes films transcendent le genre de l’horreur plutôt que seulement faire partie du genre d’horreur. Cependant, c’est probablement exactement la même chose! Dans un monde idéal, les films d’horreur devraient susciter une forme d’émotion chez le spectateur et si l’émotion en est une de perturbation ou d’effroi, puis si c’est si fort qu’on en est estropié, alors ça doit être une bonne chose.
Les réactions des gens face à mes films sont drôles parce que, contrairement à ce que je viens juste de dire, j’essaie de faire des films qui dérangent à l’extrême (ou du moins c’était ce que je recherchais avec mes deux derniers films) et pour moi, si je regarde un film d’horreur, je veux être poussé et dérangé au-delà de mes limites de confort. Les gens qui regardent mes films, cependant, aiment le cinéma d’horreur, mais disent souvent « votre film dérange trop pour que je le recommande et je ne veux jamais le revoir! », mais c’est comme dire « cette comédie est trop drôle, j’ai trop ri et je ne veux jamais la revoir! » L’effrayant ne fonctionne pas vraiment pour moi dans beaucoup de films d’horreur parce que c’est facile; le dérangeant est dans un tout autre registre et c’est ce que je recherche dans un film d’horreur; quelque chose qui me dérange et/ou m’affecte au niveau émotif, idéalement les deux – c’est ce que j’espère que mes films font!
Tim – où pensez-vous que ses film se retrouvent par rapport aux films de genre ? Était-ce un film difficile à lancer sur le marché?
TL: C’est difficile, mais ça, c’est Simon. Finalement, c’est un drame centré sur ses personnages, mais les éléments de genre sont si forts dans le 3e acte que vous devez aimer ça pour pouvoir le regarder. Cependant, c’est le genre de film que j’aime et c’est quelque chose que nous essayons de promouvoir à Fantastic Fest : les grandes histoires d’abord qui contiennent un peu de sang et d’entrailles.
- Kier-La Janisse
(Traduction: Irina March)
Comme aparté, j’ai interviewé Simon, il y a quelques années pour un magazine de films de genre et je lui ai demandé s’il croyait au Wombles. Il a dit que oui. Mais ce commentaire a été coupé de l’entrevue finale et je voudrais le rétablir ici, parce que je pense que c’est un élément importante de la personnalité de Rumley. Après tout, les bonnes personnes croient au Wombles. Peut-être que si plus de gens y croyaient, il n’y aurait pas autant d’ordures partout.
————————-
RED WHITE AND BLUE est présenté ce mercredi le 21 juillet à 22:00 au théâtre Hall.
Pour plus d’information, incluant une description du film, une fiche technique et une bande-annonce, cliquez ICI.

















