LA SERBIE SUBVERSIVE!


Photo: the Life and Death of a Porno Gang

Les événements terrifiants qui ont marqué l’histoire récente de la Serbie ont engendré une nouvelle génération antagonique de cinéastes qui utilise le médium pour exprimer une blessure que l’Ouest peut à peine comprendre. Notre volet baptisé LA SERBIE SUBVERSIVE met en valeur les titres saillants de l’univers intelligemment insubordonné et hautement politique du cinéma serbe contemporain. Également au programme, une série de films de genre serbes classiques présentés en association avec Dejan Ognjanovic et la Cinémathèque de Belgrade.

En plus des projections, M. Ognjanovic sera l’hôte d’un colloque avec présentation multimédia intitulé UNE INTRODUCTION AU CINÉMA D’HORREUR SERBE, auquel participeront les créateurs de plusieurs des films en vedette. Préparez-vous à avoir vos yeux grands ouverts!

« Les voix provenant de la nouvelle vague de cinéma indépendant serbe sont parmi les plus audacieuses et viscérales que nous avons entendues » explique Mitch Davis, codirecteur de Fantasia. « Il s’agit d’un cinéma rusé et conflictuel avec des éléments incroyablement choquants, mais qui fait également preuve d’une intelligence profonde et d’une ambition impressionnante. Je qualifierais notamment SERBIAN FILM et PORNO GANG de «CLOCKWORK ORANGE» de notre génération. Ces films repoussent les limites avec un courage que l’on retrouve rarement au cinéma. »

Le réalisateur de SERBIAN FILM, Nikola Pantelic a récemment dit : « Pour nous, le Canada est un endroit bien spécial, car c’est d’ici que provient un de nos cinéastes favoris dont l’œuvre nous a grandement inspirés – David Cronenberg. C’est un honneur de participer à Fantasia. Ce festival a présenté la majorité de nos films favoris récemment. Le Festival Fantasia de Montréal est un des rares endroits où la liberté artistique et le cinéma non-orthodoxe sont encore appréciés. Fantasia est devenu un bastion pour le cinéma courageux et radical d’aujourd’hui. C’est maintenant au tour de SERBIAN FILM. »

Sang frais:

THE LIFE AND DEATH OF A PORNO GANG
Réal: Mladen Djordjevic – Première montréalaise
Présenté par le réalisateur Mladen Djordjevic

Cette métaphore à l’humour souvent tordu portant sur les mœurs sociales de la vie en Serbie durant les années 90 fut un grand succès au Festival du film de Rotterdam. Un « cabaret porno » voyage de village en village à travers la campagne serbe, interprétant des actes sexuels dans des contextes radicaux et ce, au désarroi souvent violent des résidents. Toutefois, les choses deviennent décidément macabres lorsqu’un personnage louche approche la troupe avec une offre difficile à refuser : une fortune à condition que ces derniers filment une série de meurtres, artistiquement « exécutés » par des victimes consensuelles ayant perdu toute raison de vivre.

TEARS FOR SALE (montage du réalisateur)
Réal.: Uros Stojanovic – Première internationale
Présenté par le scénatriste Aleksandar Radivojevic.

Un village serbe est tellement ravagé par la guerre que tous les hommes sont abattus, laissant la bourgade entièrement peuplée de femmes. Deux jeunes soeurs y gagnent leur pain en tant que pleureuses professionnelles – elles sanglotent aux funérailles d’autrui pour un salaire. Après avoir accidentellement causé la mort du dernier villageois, celles-ci sont forcées de se rendre à Belgrade pour trouver des hommes dignes d’être ramenés à la maison. Elles s’embarquent donc dans une aventure, suivies par le fantôme de leur grand-mère. Avec des effets visuels ambitieux et un budget jamais vu pour un film serbe, TEARS FOR SALE nous rappelle un Jean-Pierre Jeunet légèrement plus sombre et érotique. De riches détails historiques et des costumes somptueux sont mélangés à des effets visuels complexes afin de créer un univers fantastique tout à fait unique. L’histoire sinistre du pays sert d’arrière-plan à cette ambigüe histoire d’amour. TEARS FOR SALE est typiquement serbe avec son mélange d’humour et de drame, de « road movie » et de fantaisie, d’amour et de mort, de légende et de réalisme, représentant également une vision nouvelle qui combine avec succès le régional au mondial.

Le thème central du film est également typiquement serbe, soit l’opposition entre notre devoir envers la société et notre bonheur personnel, le conflit entre l’individu et la communauté, entre l’égoïsme et le sacrifice. Bien qu’une version rééditée du film a eu droit à des éloges à TIFF ainsi qu’au Festival du film de Rotterdam en 2008, le montage original du réalisateur n’a jamais été présenté à l’extérieur de la Serbie… jusqu’à aujourd’hui. Fantasia est fier de vous offrir la première internationale de cette version très différente.

A SERBIAN FILM
Réal: Srdjan Spasojevic – Première canadienne
Présenté par le réalisateur Srdjan Spasojevic, le scénariste Aleksandar Radivojevic et le producteur Nikola Pantelic

Milos, un acteur pornographique à la retraite accepte de faire un dernier film pour venir en aide à sa famille appauvrie. Cependant, sa première journée de tournage est un peu étrange et lorsque Milos décide de se retirer du projet, les choses vont de pire en pire. Pour se rendre à un apogée ineffable. Un film bien ancré dans la frustration et le désespoir de la vie quotidienne serbe, A SERBIAN FILM réinvente le film d’horreur pour ses propres fins. Il propose un regard stylisé sur la réalité de grandir dans un pays humilié, dénigré, appauvri, ravagé, dépouillé, dénoncé pour génocide et hanté par les crimes de guerre. C’est un cri perçant contre la politique corrompue, autant domestique qu’étrangère, contre toutes limites qu’elles soient internes ou externes, contre se faire métaphoriquement et littéralement mettre. C’est le choc ultime, mais ces propos déjà notoires ne sont qu’une petite partie du film. Son vrai génie est dans son regard furieux, ses performances anéanties et sa mise en scène rappelant De Palma. Un scénario éloquent d’Aleksandar Radivojevic… qui a également écrit TEARS FOR SALE!

TECHNOTISE: EDIT & I
Réal: Aleksa Gajic

Le premier long métrage d’animation serbe. Edit est une jeune étudiante en psychologie intelligente, réfléchie et exceptionnellement belle qui habite Belgrade en 2074. Elle travaille également pour une importante firme de recherche scientifique. Cependant, après avoir échoué son examen de psycho pour la sixième fois, elle décide malgré son code éthique de se faire implanter une puce illégale qui augmentera sa mémoire et lui garantira une bonne note la prochaine fois. La puce est un succès, toutefois elle n’est pas sans certains effets secondaires plutôt étranges et Edit doit se bourrer de suppléments de fer pour les contrer. Quelque chose est en train de changer en elle et ceci suscite un grand intérêt pour la firme d’Edit. TECHNOTISE est un vrai régal pour les amateurs de bandes dessinées européennes de science-fiction à la Métal Hurlant. Pas très surprenant puisqu’Aleksa Gajic, le réalisateur et scénariste, est reconnu en Serbie ainsi que dans le reste du continent, pour ses bandes dessinées publiées aux éditions françaises Soleil. Son premier film est bondé de petits détails charmants et singuliers.

_______________________________________________________

Sang classique:

VARIOLA VERA (1982)
Réal: Goran Markovic

Le titre VARIOLA VERA se réfère au nom latin de la la variole et le film est plus ou moins basé sur des faits vécus. En 1972, un musulman albanais du Kosovo est infecté par la variole durant un pèlerinage au Moyen-Orient. À son retour en Serbie, il cause une épidémie à l’hôpital de Belgrade. Dans l’atmosphère claustrophobe de l’hôpital en quarantaine, un groupe de personnage mené par Rade Serbedzija (EYES WIDE SHUT), s’efforce de survivre tout en maintenant leur humanité. Nul n’est à l’abri dans cette histoire morne mais également remplie d’humour noir.

A HOLY PLACE (1990)
Réal: Djordje Kadijevic
Présenté par le producteur Zoran Otasevic

A HOLY PLACE est un trésor caché du cinéma d’horreur psycho-surnaturel qui reste à être découvert par le public à l’extérieur de la Serbie. Vu que ce film n’est pas disponible en DVD, ceci est votre seule chance de le voir sous-titré et sur un écran lui rendant justice. Cette version du conte « VIY» de Nikolai Gogol n’a presque jamais été vue par un public étranger, la plupart ignorant même son existence. Contrairement au film bénin russe VIY (1967), la version serbe est définitivement pour un public adulte et averti. L’histoire reste la même : un jeune étudiant en théologie doit veiller seul sur une jeune morte pendant trois nuits dans la petite église. Pendant ce temps, des forces maléfiques ont envahi l’église et tentent de le traîner à l’extérieur de son cercle protecteur dessiné sur le sol. La fable satirique de Gogol est embellie par ce film dont l’intensité se distingue drastiquement d’autres timides tentatives slaves voulant générer la peur.

T.T. SYNDROME (2002)
Réal: Dejan Zecevic

Une bande de jeunes sont à la recherche d’herbe dans les rues de Belgrade. Ils se rendent aux bains turcs dans une ancienne forteresse pour y rencontrer leur revendeur, mais sont assassinés un à un par un meurtrier mystérieux vêtu de cuir noir. Le tout semble être connecté à une étrange maladie connue sous le nom de « T. T. Syndrome ». Influencé par Dario Argento et John Carpenter, T.T. SYNDROME fut le premier film d’horreur serbe qui ne s’est pas soumis à la pression d’incorporer des éléments de genres plus respectables.

Il n’y a pas de sous-entendu politique, bien qu’un film où un groupe de jeunes est tué dans des toilettes publiques pourrait bien servir de commentaire sur les déceptions de la Serbie post-Milosevic. Mais avant tout, ce film utilise tous les trucs du genre « slasher » afin de terrifier ses spectateurs. Il a atteint le statut de film culte en Serbie.

UNE INTRODUCTION AU CINÉMA D’HORREUR SERBE
(colloque avec présentation multimédia)

Le 14 juillet à 18h00
EV Building, 1515, rue Ste-Catherine O.

La contribution serbe au monde des films d’horreur est plutôt limitée. Néanmoins, la lacune de quantité du cinéma d’horreur serbe est amplement compensée par l’étendue de sa qualité. On pourrait dire que plus d’une douzaine de films d’horreur produits en Serbie ces dernières décennies comptent parmi les œuvres les plus originales de ce pays et méritent d’être mieux connus.

Le colloque portant sur les films d’horreur serbe sera mené par Dejan Ognjanović, critique et auteur du livre In the Hills, the Horrors: Serbian Horror Cinema. Il nous expliquera les contextes politiques et culturels qui ont influencé les éléments fantastiques et horrifiques des films serbes. De plus, nous aurons droit à des extraits de films rarement (ou jamais) vus à l’extérieur de la Serbie, tels que : THE SHE-BUTTERFLY, THE DAMNED THING, STRANGLER VS STRANGLER, DÉJÀ VU aka REFLECTIONS, etc.

Il sera accompagné des réalisateurs Mladen Djordjevic (THE LIFE AND DEATH OF A PORNO GANG) et Srdjan Spasojevic (A SERBIAN FILM), du scénariste Aleksandar Radivojevic (A SERBIAN FILM, TEARS FOR SALE) et des producteurs Nikola Pantelic (A SERBIAN FILM) et Zoran Otasevic (A HOLY PLACE) pour une discussion sur les nouvelles tendances et directions du cinéma d’horreur serbe.

Pour plus d’informations, veuillez contacter :
press@fantasiafestival.com

Laisser un commentaire