SOIGNEZ-MOI AVEC DE LA HAINE: Refoulements, jalousie et hystérie dans THE DEVILS de Ken Russell

Bien que toutes les instances de névrose au cinéma peuvent être sous-divisées en minuscules fractions (au moins selon The Diagnostic Statistical Manual for Mental Disorders), il demeure que presque toute névrose présentée dans le cinéma de genre est reliée au refoulement. Chaque problème se manifeste, car on a construit de faux idéaux que l’on ne peut pas atteindre. L’échec répété de prendre des décisions basées sur la logique ou une croyance sensée – et que nos émotions puissent faire de même aussi – est déroutant. Alors, on tente de le forcer ou on crée une façade si hermétique que l’on se laisse prendre soi-même. C’est-à-dire, jusqu’à ce qu’une minuscule fissure apparaisse et que le tout vienne s’effondrer sur soi.

La façon dont un personnage va répondre à ses tendances de refoulements varie. Dans Symptoms de Jose Larraz, Angela Pleasance habite une maison isolée à la campagne. C’est une fille douce et gênée qui devient une personne différente lorsque la météo change de manière inattendue – incluant des explosions compulsives de violence. Le film fait d’abord des allusions à sa nature destructive ( « J’aime regarder des choses brûler, » dit-elle, « ça calme mes nerfs »), mais alors que le film se développe, nous découvrons qu’elle a un secret caché dans cette maison et qu’elle fera tout pour le protéger. De façon similaire, dans Images de Robert Altman, Susannah York possède une maison isolée qui agit en tant qu’homologue physique à sa folie. Dans cette maison vit un son double – une version fantastique d’elle-même – pour lequel elle irait jusqu’à tuer pour assurer sa protection.

Plusieurs de ces films tournent autour de la personne que nous sommes, au lieu de la personne que nous aimerions être; historiquement, le domaine de l’horreur est loin d’être en pénurie de « doubles personnalités » ou de films « double vie ». Dans The Killer Nun (selon une histoire vraie) de Giulio Berruty, Anita Ekberg joue une sœur de haut rang qui condamne fortement des inconvenances perçues parmi les patients et les membres du personnel, alors qu’elle s’engage dans des activités sexuelles illicites avec des étrangers lors d’excursions dans la ville; dans The Legend of the Wolfwoman de Rino Di Silvestri, l’histoire de loup-garou permet au protagoniste d’agir à l’opposé de ses obligations sociales lorsqu’elle est dans son état transformé, la rendant irresponsable pour toutes transgressions dans la réalité; dans The Bird With the Crystal Plumage d’Argento, le personnage de Monica Ranieri prend les traits de personnalité du prédateur qui l’a attaqué alors qu’elle était enfant.

La violence intérieure – le débat mental qui tente de concilier le concret avec l’idéal – devient de la violence physique. Souvent, cette violence est perçue comme absurde ou arbitraire – dans Mademoiselle de Tony Richardson, Jeanne Moreau commet des actes de vandalisme qui semblent aléatoires; dans The Piano Teacher de Michael Haneke, Isabelle Huppert agresse sa propre mère et place de la vitre dans les poches du manteau d’un pianiste en herbe; et bien sûr, Vanessa Redgrave est l’un des grands personnages refoulés du cinéma en tant que la sœur bossue, Jeanne, dans le chef-d’œuvre The Devils de Ken Russell.

Dans The Devils – fondé sur des évènements véridiques qui ont eu lieu à Loudun en France au 17e siècle – Oliver Reed joue le rôle de Urbain Grandier, un prêtre catholique populaire qui prend le contrôle de Loudon après la mort du gouverneur. Ses inclinations sexuelles clandestines viennent à l’attention de sœur Jeanne, qui est sexuellement obsédée par lui, et qui entreprend de créer la ruine de celui-ci.

L’un des points importants pour plusieurs de ces personnages féminins névrotiques du film est la question du contrôle. Un manque de contrôle les menace et ceci les pousse à une tentative maniaque de reprendre ce contrôle, même par des moyens des plus irrationnels. Ironiquement, la seule chose qu’elles doivent contrôler et la seule chose qu’elles peuvent vraiment contrôler, c’est leur propre conduite. Cependant, elles considèrent cela impossible; il est plus facile de détruire la menace. Dans The Devils, cela signifie que Père Grandier doit partir.

Sœur Jeanne se confesse à un autre prêtre que Père Grandier est impliqué dans de la sorcellerie et qu’il a même possédé toutes les sœurs du couvent. Lorsque le fanatique père Barré, inquisiteur et chasseur de sorcières professionnel (et l’on pourrait soutenir qu’il est l’un des prêtres médiévaux les plus désirables présentés sur film), arrive sur place pour enquêter sur les allégations de sœur Jeanne, ses interrogatoires créent une hystérie de masse qui se solde par un couvent entier de sœurs enlevant leurs robes, se tordant dans une frénésie orgasmique et profanant éventuellement une statue du Christ. Pendant ce temps, Père Grandier – qui est loin d’être irrépréhensible, mais qui est du moins innocent de sorcellerie dans ce cas-ci – est diabolisé et condamné à être brûlé vivant, le réceptacle évident des envies tordues de sœur Jeanne et ses consœurs.

The Devils fut interdit dans plusieurs pays et des scènes furent fortement coupées dans d’autres. Le film est toujours pratiquement impossible à obtenir sur le marché VHS/DVD. Ainsi, ceci est une chance RARISSIME de voir ce film, en présence du réalisateur KEN RUSSEL qui recevra un prix de carrière honorifique. La projection du film et la remise du prix ont lieu lundi le 19 juillet à 22h00 au Théâtre Hall. Plus d’informations incluant la description du film, la fiche technique, des images et une bande-annonce sur la page officielle du film ICI.

- Kier-La Janisse
(traduction: Emilie Christiansen)

(S.V.P. prendre note que certaines parties de cet article sont extraites de mon prochain livre House of Psychotic Women.)
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