Une entrevue avec SARAH BUTLER de I SPIT ON YOUR GRAVE

Quand j’étais enfant, je me rappelle feuilleter le journal pour y trouver toutes les annonces de films sinistres que j’étais trop jeune pour voir. Un film en particulier a attiré mon attention : Extremities. James Russo interprète un vaurien qui terrorise Farrah Fawcett jusqu’à ce qu’elle renverse les rôles et l’attache dans le foyer. Ce film est devenu une attraction régulière dans mon petit ciné-parc pour Barbies.

En y repensant, Extremities n‘est vraiment rien de plus qu’une adaptation médiocre d’une pièce de théâtre. Mais pour moi, c’était le premier pas vers des films bien plus intenses tels que La Dernière Maison sur la gauche (1972), L’Ange de la vengeance (1981), Viol et Châtiment (1976 – film unique qui affirme que l’écoute de musique électronique est un facteur dans les tendances perverses des violeurs!), The Seventh Woman (1978), Poor Pretty Eddie (1975), Dirty Weekend (1993), Thriller: A Cruel Picture (1974), et bien sûr I Spit on Your Grave (1979) de Meir Zarchi.

Dans le film original I Spit on Your Grave, Camille Keaton (reconnu également pour son rôle dans What Have They Done to Solange?) interprète une jeune écrivaine qui décide de s’isoler dans une petite cabine afin de travailler sur sa prochaine œuvre littéraire. Son répit est violement interrompu par l’intrusion de quelques scélérats du coin qui n’ont aucune conception du bien et du mal. Elle est brutalisée à plusieurs reprises et abandonnée dans les bois tandis que ses agresseurs reprennent leurs vies quotidiennes comme si rien ne s’était passé. Mais quelque chose s’est passé. Quelque chose d’horrible.

Les spectateurs et les critiques se plaignent souvent de la présence de scènes de viol. Ces scènes sont considérées comme de l’exploitation et leurs réalisateurs son traités de misogynes. Mais une scène de viol peut être un outil narratif plutôt efficace; c’est la meilleure explication possible pour tous les événements qui suivent – peu importe à quel point ils sont illogiques, incroyables, sadiques, misanthropes, graphiques ou tortueux. Les spectateurs accepteront la suite de l’histoire car culturellement, le viol est pire que la mort.

La reprise de I Spit on Your Grave, avec Meir Zarchi comme producteur délégué, Steven Monroe comme réalisateur et mettant en vedette Sarah Butler; escalade la donne considérablement. Les personnages sont bien plus développés et la vengeance d’autant plus délicieuse. Contournant la certification en faveur de viscères non censurées, le remake profite de l’empathie inévitable des audiences envers le personnage principal pour pousser les limites du comportement éthique.

Le sens de justice et morale est probablement la chose principale qui suscite mon intérêt pour les films de viol et vengeance. On a souvent dit que les films d’horreur sont censés êtres cathartiques et nous acceptons de vivre cette terreur pour nous aider à symboliquement vaincre une peur. Dans notre société, les femmes sont enseignées à croire que rien n’est plus effrayant que la menace éternelle d’un viol. C’est donc tout à fait naturel que j’aime les films de viol et vengeance, et plus particulièrement si la vengeance est particulièrement sadique ou innovatrice, ou que le personnage féminin est complètement transformé en conséquence. Encore plus excitant que la vengeance est la préparation, l’achat du fusil, l’apprentissage d’arts martiaux, le placement de pièges et la coupe symbolique des cheveux – le tout crée une atmosphère d’anticipation.

La structure traditionnelle d’un film de viol et vengeance est comme suit: une femme est violée; elle se retire en elle-même; souvent elle coupe ses cheveux et/ou se débarrasse de ses symboles de féminité; elle se fâche et apprend à se battre; elle achète des armes et surveille ses agresseurs; elle se venge de façon violente et le film se conclue soudainement. Dans les cas où la victime est plongée dans le coma ou tuée, une amie ou un membre de sa famille prend sa place en tant que justicier. Quelques films de ce genre qui sont remarquable pour leur originalité sont Les Accusés (1988), où la vengeance prend place devant un tribunal, The Ladies Club (1986), dans une salle d’opération clandestine et Irréversible (2002), qui renverse complètement le modèle établi. Naturellement, il y a des variations dans la suite des événements ou dans les réactions des personnages – dans Fair Game (1986) de Mario Andreacchio, Cassandra Delaney est remarquablement intrépide après avoir été terrorisée par un groupe de vauriens australiens et dans Poor Pretty Eddie, Leslie Uggams est indignée mais pas assez motivée pour prendre des mesures extrêmes contre ses oppresseurs (à la place, elle est sauvée par Ted Cassidy dans un échange de tirs peckinpah-esque) – mais en général les films de vengeance féminine (tous les films de vengeance en fait) suivent un modèle similaire car celui-ci a fait ses preuves pour gagner l’empathie du public et générer une réaction émotionnelle.

Dans le préambule de tout film de viol et vengeance, la relation spatiale est établie: les mouvements de la femme sont limités par les désirs de l’homme. Il y a des places où elle ne peut pas aller – son monde est de plus en plus petit car elle est forcée à se réfugier intérieurement pendant qu’il envahit de plus en plus son espace personnel. Dans la vie de tous les jours, plutôt que d’affirmer leurs droits d’aller où elles veulent, les femmes évitent certains endroits, les abandonnent aux hommes, une idée décrite dans le film The Geography of Fear (2000) d’Auli Mantila. Mais dans I Spit on Your Grave, le personnage de Jennifer se rend délibérément dans ces endroits. Elle se met dans une situation dangereuse et renforce sa condition féminine en survivant.

Dans la majorité des films de viol et vengeance, une fois que la femme a été vengée, le film se termine. La réalité ne nuit pas à ce sens superficiel de la réalisation, même si dans la vraie vie, la femme serait éventuellement jugée et condamnée pour ses crimes. Ce serait déprimant de montrer cet aspect. De toute façon, il me semble que les films de viol et de vengeance sont sensés être étrangement victorieux. (Camille Keaton a d’ailleurs repris son rôle dans une suite non-officielle nommée Savage Vengeance en 1993, dans laquelle on spécifie que Jennifer n’a pas été condamnée mais se retrouve dans une situation presque identique au premier film pour notre divertissement.)

Nous avons discuté avec Sarah Butler qui a entrepris la tâche difficile d’incarner le personnage immoral de Jennifer Hills, de son cheminement de victime à justicière dans l’un des remakes les plus controversé à ce jour.

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Que saviez-vous de film et de son historique lorsque vous avez auditionné pour le rôle?

Rien du tout. L’original a été fait avant ma naissance! Et puis, je n’ai jamais été une grande cinéphile, donc je n’étais vraiment pas avertie. Mais Cinetel était très réservé de toute façon, ils ont fait le casting sous le titre “day of the woman”, ils se cachaient un peu derrière l’obscurité de ce nom. Ils ne voulaient probablement pas effrayer les acteurs plus timides avec un projet si notoire.

Parlez-nous du processus d’audition. J’imagine que tous les acteurs devaient être préalablement évalués d’une certaine façon pour s’assurer que le rôle ne les traumatiserait pas trop.

En fait, le processus d’audition était pas mal identique à n’importe quel autre… en tant qu’acteur, nous devons choisir nos projets en nous basant sur le matériel qui nous est disponible. Parfois c’est le script au complet, parfois juste quelques pages. Cette fois ci, ils m’ont donné le manuscrit entier et m’ont fortement suggéré de le lire au complet. J’étais naturellement horrifiée. Toutefois, la chance d’interpréter un rôle si exigeant avec un éventail émotionnel si extraordinaire était plus importante que mes hésitations à jouer dans un film si traumatisant. Bien sûr, on ne peut jamais savoir comment on va se sentir une fois sur place avec tous les autres acteurs. Pour moi, lire le script était difficile, regarder l’original pour ma recherche était stressant, interpréter la scène de viol était effrayant et ardu et voir le film une fois complété était profondément troublant. On peut dire que mon expérience personnelle de ce film était comme une boule de neige d’émotions incroyablement puissantes. Haha….

Avez-vous regardé d’autres films sur le thème de la vengeance et du viol avant le tournage? Aviez-vous une idée du genre?

Je n’ai pas regardé d’autres films pour ma recherche mais j’avais tout de même une idée du genre basé sur ma lecture et mes observations du manuscrit. La dévastation viscérale que j’ai ressentie lors de la lecture a fortement influencé mon approche envers le matériel.

Comment vous êtes-vous préparé psychologiquement pour les séquences plus brutales du film?

Il n’y a pas de façon de se préparer. Ma seule stratégie était de simplement réagir au bombardement d’horreur et de violence de mes agresseurs. D’une certaine façon, je pense que se préparer pour ce genre de scène, c’est se tirer dans le pied car on risque de se protéger contre la douleur et la peur que notre personnage doit ressentir afin d’affecter les spectateurs.

Y avait-il des scènes qui se sont fait couper car elles étaient simplement trop brutale?

Hahaha… non. Pourquoi pensez-vous que le film n’est pas classé? Si j’ai bien compris, nous avons longtemps essayé de négocier avec le MPAA et finalement on a abandonné et on a décidé de les contourner. L’original n’avait pas été côté non plus et c’était une des choses qui avait suscité la curiosité du public, culminant avec l’admission de Spit au temple de la renommée des films cultes. J’espère que les amateurs vont apprécier notre consistance.

Pouvez-vous nous expliquer le changement psychologique qui doit prendre place pour qu’une femme passe de victime à justicière ? Qu’avez-vous fait personnellement pour pouvoir incarner ce personnage?

Le bouleversement psychologique était tout à fait logique et naturel grâce à l’insistance de notre réalisateur, Steven R. Monroe, pour que le film soit tourné en ordre chronologique. À l’exception de 2 ou 3 scènes, nous avons réussi et ça en dit beaucoup sur notre équipe de production qui on du surmonter bien des défit d’organisation pour ce faire. Cela m’a permis de me référer à la peur, la douleur, la rage et la perte d’identité que j’ai ressentie durant la première partie du film pour devenir la femme brisée et assoiffée de vengeance de la seconde partie. C’était essentiel à ma performance et je suis endetté envers Steven pour ça. Il sait comment travailler avec ses acteurs et comment leurs donner les outils nécessaires afin d’en tirer la performance qu’il a besoin. Un gardien calme de notre art.

Pouvez-vous nous décrire l’atmosphère sur le plateau de tournage?

Calme, méditative, respectueuse. Plusieurs membres de l’équipe de tournage ont fait des efforts personnels pour assurer mon confort et les garçons (Jeff, Danny, Rodney,Chad, et Andrew) m’on toujours protégés du mieux qu’ils le pouvaient. Mais pour préserver l’horreur des scènes j’ai essayé de ne pas les approcher entre les prises et même durant les repas. Je veux également souligner à quel point notre horaire était chargé, toute l’équipe devait être constamment à son affaire, profitant du moindre temps mort pour installer l’équipement d’éclairage etc. Et ils ont été incroyables, tout le monde a travaillé si fort pour obtenir toutes ces magnifiques images qui vont être la signature visuelle du film.

De quelle façon pensez-vous que ce film diffère de l’original?

Si on reste sur le thème du visuel, les gens vont certainement reconnaître le style dans lequel le film a été tourné. La plupart des scènes ont été tournées avec une caméra à main ce qui est très différent de la caméra stationnaire utilisée dans l’original. Nous utilisons des couleurs et une lumière frappante et les coupures sont un mélange d’horreur classique et de nouvelles idées. Nous avons également actualisé l’histoire. Bien que la première partie reste très fidèle à la brutalité de l’original, la vengeance a été adaptée au 21ème siècle avec des éléments de « torture pornographique » et de féminisme new age. Nous avons également ajouté le personnage du shérif qui va certainement ravir certains spectateurs. De façon générale, nous avons pris le squelette d’un classique bien-aimé de l’horreur et nous lui avons donné un nouveau corps, avec des performances exceptionnelles de la part de tous les membres de la distribution, un nouveau style de caméra qui rend l’expérience de Jennifer Hill beaucoup plus réaliste et un lissage inspiré par les dernières tendances en film d’horreur. Ça reste essentiellement le même corps, un amateur de l’original sera confortable avec les aspects familiers du film mais ce sera un corps plus frais, plus en santé et mieux habillé.

De toute évidence le genre viol-vengeance est un des plus diffamés. Quels sont vos sentiments sur ce genre en général?

Mes sentiments au sujet de ce genre, et au sujet de l’art en général sont que s’il y a quelqu’un qui l’apprécie, alors il a atteint son objectif.

- Kier-La Janisse
(traduction: Irina March)
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I SPIT ON YOUR GRAVE en première mondiale dimanche le 11 juillet à 22:00 au théâtre Hall en présence du réalisateur Steven R. Monroe, des acteurs Sarah Butler, Jeff Branson et Daniel Franzese et du producteur délégué Meir Zarchi.

Pour plus de détails incluant une description du film , le générique, des image et la bande-annonce, visitez la page du film ICI.

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