Week-end des damnés: Stuart Gordon, Dennis Paoli et Jeffrey Combs envahissent Montréal !

Stuart Gordon a toujours été un individu plutôt impressionnant à mes yeux. Non seulement parce qu’il a créé – avec l’acteur Jeffrey Combs et le scénariste Dennis Paoli – l’adaptation cinématographique la plus louangée de H.P. Lovecraft (je parle, naturellement, de Re-Animator) et parce que sa polyvalence lui permet de sauter d’un genre à un autre avec aisance, de l’horreur gothique à la comédie urbaine par exemple, mais parce que Stuart Gordon est un réalisateur qui peut être subversif, conflictuel et parfois espiègle, sans jamais manquer de respect envers son sujet. Il est, dans mon esprit, l’un des réalisateurs les plus subversifs à travailler aux États-Unis aujourd’hui. Il a créé le Screw Theatre dans le Wisconsin vers la fin des années 60 et a été arrêté pour obscénité suite à une version politiquement satirique de Peter Pan en 1968. Il a ensuite déménagé à Chicago pour inaugurer l’Organic Theatre avec son épouse Carolyn-Purdy Gordon. Là, il a rencontré un jeune David Mamet, dont la pièce Sexual Perversity in Chicago a été mis en scène par Gordon.

Bien qu’on le considère d’abord et avant tout comme un réalisateur de films d’horreur, Gordon a dirigé plus de 30 pièces de théâtre originales. Nevermore: Une soirée avec Edgar Allan Poe semble être la première qui ait saisi l’attention de la communauté des amateurs de films de genre. La pièce – écrite par Paoli – devait être présentée pendant quatre semaines à Los Angeles l’année dernière, mais elle s’est rapidement prolongée à 6 mois et part maintenant en tournée internationale. La raison derrière ce succès est évidente, car il prend le gothisme et le fusionnes avec l’intensité des pièces à un seul personnage, comme Edmond (qui a été adapté au cinéma par David Mamet d’après sa propre pièce de théâtre) que Gordon a réalisé en 2005 et qui mettait en vedette William H. Macy. La présentation d’une pièce de théâtre est une première pour Fantasia et personnellement je n’en peux plus d’attendre de voir Jeffrey Combs incarner le personnage torturé de Poe.

Mais Poe n’est pas le seul personnage immortel que Combs a incarné – pour la plupart des amateurs de films de genre, le nom de Jeffrey Combs est irrévocablement lié à Herbert West. Re-Animator est un film particulier en son genre. Tout en étant unanimement acclamé comme chef-d’œuvre par les adolescents amateurs de gore, Re-Animator est beaucoup plus. Hormis donner vie aux environnements de Lovecraft (les réels et les fictifs) comme aucun auteur n’a réussi à le faire auparavant (non, pas The Haunted Palace [baptisé peu convenablement d’après une histoire d'Edgar Allan Poe], pas The Dunwich Horror – c’était Re-Animator qui a transformé la vallée de Miskatonic et l’université du même nom en un paysage vivant et respirant), Re-Animator a réussi l’impensable : il a rendu Lovecraft amusant. L’oeuvre de Lovecraft a toujours été perverse, mais n’a jamais été reconnue pour son sens de l’humour. Lovecraft s’est probablement retourné dans sa tombe à la sortie de Re-Animator.

Mais la plus grande innovation de Paoli et Gordon du point de vue des œuvres de Lovecraft est le caractère. Lovecraft ne se souciait pas des gens, comme tous ceux qui ont lu ses poèmes d’amour sans fin pour les rues et les bâtiments décrépits peuvent certifier. Les maladies constantes du jeune Lovecraft l’ont maintenu isolé des gens et en dépit de l’attention des amies adultes de sa mère, il n’a eu aucun véritable ami. Donc, c’est normal qu’en tant qu’auteur, son attention se portait peu sur les gens et que ses livres négligent « l’aspect d’intérêt humain », un aspect que tout rédacteur considère essentiel pour la réussite d’un récit. Mais Lovecraft savait que l’univers était plus grand que nous, et ses « mythos » présentent les humains comme plutôt faibles et insignifiants.

Tout de même, il est vrai que le manque d’un protagoniste charismatique peut aliéner votre lecteur et/ou téléspectateur, et Stuart Gordon a frappé dans le mile quand il est allé avec son équipe à une morgue pour faire de la recherche en travaillant sur Re-Animator. Il a noté que les gens qui y travaillaient partageaient un sens de l’humour très noir. C’est là que l’idée de faire d’Herbert West un personnage morbide et plein d’humour est née.

Gordon a réalisé cinq adaptations des œuvres de Lovecraft pour l’écran : Re-Animator, From Beyond, Dagon (qui est une adaptation de The Shadow Over Innsmouth ), Castle Freak (The Outsider) et l’épisode de Masters of Horror The Dreams in the Witch House. Mais l’adaptation peut être difficile, comme vous le dirait n’importe qui ayant essayé de travailler avec les écrits de Lovecraft. Les amateurs discuteront quant à eux des éléments de l’écriture qui devraient demeurer immuables, et une partie du succès de Gordon et de Paoli avec Lovecraft provient du fait qu’ils contestent ces affirmations, mais avec une grande connaissance et un amour véritable de ses œuvres. Ils parleront de leur procédé d’adaptation lors d’une cours spécial intitulé : Adapting Lovecraft for the Screen au nouvellement baptisé institut Miskatonic des études d’horreur (une série de cours hebdomadaires sur la théorie, l’histoire, la critique et la production d’horreur en hommage à l’université bien-aimée de Lovecraft), partageront des trucs et des anecdotes et répondront aux questions.

Un week-end d’enfer, et ceci n’est que l’un des événements parmi les films étonnants et les activités interactives que Fantasia vous propose au cours des prochains jours.

- Kier-La Janisse

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25ème Anniversaire de Re-Animator – le 16 juillet à minuit au théâtre Hall
Plus d’information, y compris la description du film, des images et la bande-annonce sur la page du film ICI.

La première internationale de Nevermore : Une soirée avec Edgar Allan Poe – samedi le 17 juillet et dimanche le 18 juillet à 20:00 au théâtre Rialto
Plus d’information sur cet événement spécial ICI.

Le cours Adapting HP Lovecraft to the screen à l’institut Miskatonic – dimanche le 18 juillet entre 14 :00-16 :00 heures (à BLUE SUNSHINE, 3660 St-Laurent, 3rd Flr – www.blue-sunshine.com).
Détails et billets disponibles au www.miskatonicinstitute.com – mais soyez averti : l’espace est très petit (40 sièges) et les billets sont presque tous vendus!

Une réponse

  1. J’ai vu Nevermore hier et c’était absolument génial. Hyper-bien écrit, mise en scène simple et efficace et le jeux de Jeffrey Combs était impec. Une fichue de belle soirée.

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