LES ANTIHÉROS: Un entretien avec Mladen Djordjevic, réalisateur de LIFE AND DEATH OF A PORNO GANG

LES ANTIHÉROS: UN ENTRETIEN AVEC MLADEN DJORDJEVIC
RÉALISATEUR DE THE LIFE AND DEATH OF A PORNO GANG
Interviewer: Dejan Ognjanovic

Comment avez-vous écrit ce scénario? Qu’est-ce qui vous a donné l’idée pour ce film?

En fait, je me suis beaucoup inspiré de mes expériences acquises durant le tournage de MADE IN SERBIA (un documentaire sur les producteurs de films pornographiques serbes), de mes amitiés avec des acteurs de films pornos et de mes voyages à travers la Serbie faits il y a six ans pour le tournage et pour un autre projet sur la mythologie serbe avec Milan Konjevic. J’ai voulu relier cette expérience à certains de mes soucis liés aux films d’horreur américains, aux films japonais et j’ai aussi voulu établir une connexion kitsch, dans la veine des films de John Waters, avec mon expérience de la « vague de cinéma noir » et voir comment le public serbe réagirait. Et puis il y a tout l’aspect des films qui est un thème assez commun dans les films américains et japonais.

Qu’est-ce qui vous a attiré vers les acteurs pornos et leur univers?

C’est le résultat de ma curiosité envers les mondes cachés, tels que le monde des acteurs de porno, de mon désir de découvrir ce qui est underground. On peut le voir à travers le film, car malgré la violence, il y a un aspect chaleureux. Je n’essayais pas de les protéger ou de les excuser. J’ai choisi des personnages à travers lesquels la plupart des gens ne pourront pas se reconnaître, mais petit à petit, on apprend à les apprécier.

Il est vrai que ce n’est pas le genre de personnages que l’on retrouve typiquement dans les films serbes et qui sont généralement représentés en tant que victimes pathétiques pour inspirer une réaction émotionnelle.

En effet, c’est un problème pour moi-même dans les films étrangers. Je suis plus intéressé par les antihéros qui ne sont pas calculés : c’est essentiel. Il est très important de ne pas être calculé pour pouvoir être authentique. Qui suis-je (qui sommes nous) pour me placer au-dessus d’eux ou pour les pardonner?

Est-ce que votre expérience acquise avec MADE IN SERBIA a rendu le processus d’audition plus facile pour PORNO GANG?

Non en fait. Cela a plutôt causé un problème. Au début, je pensais tourner PORNO GANG avec de vrais acteurs pornos plutôt que des acteurs professionnels. Toutefois, ça n’a pas été possible car je n’avais pas le budget pour les payer durant sept semaines (la période du tournage). Ces gens ont tous d’autres activités pour compléter leurs revenus, donc ils auraient de la difficulté à se consacrer à un seul projet durant une si longue période. Le risque était trop gros et quelqu’un aurait facilement pu décider de quitter le film en plein milieu. Et les rôles étaient compliqués avec beaucoup de dialogue. J’ai donc réalisé que j’aurais besoin de vrais acteurs.

Et maintenant nous avions un tout autre problème : trouver des acteurs sérieux qui n’avaient pas d’objection à se déshabiller devant la caméra. De plus, il y avait un problème d’éthique non seulement à cause de la nudité, mais parce que certains acteurs ne voulaient pas interpréter des meurtriers.

Parlez-nous de vos choix esthétiques choquants?

Pour moi, les images explicites sont plus qu’un simple choc. Au bout du compte, le choc ne m’intéresse pas beaucoup. La violence du film exprime une attitude destructrice envers la réalité. J’ai voulu que ce soit si explicite que ça en devienne irréel, la prochaine étape est de faire brûler la pellicule (rires). Bien sûr, il y a d’excellents films qui ont été faits en adoptant l’approche contraire, mais en tant qu’auteur, c’est ce qui m’attire. J’ai préféré la pornographie explicite afin d’assommer le public.

Est-ce que votre choix esthétique est simplement celui qui s’apprêtait le mieux à ce film en particulier ou est-ce le genre de choses que l’on risque de voir dans vos films futurs?

Je pense encore en ce sens. Je serais intéressé à rendre la violence et la destruction encore plus intenses jusqu’à ce qu’il y ait une lumière au bout du tunnel. L’intensifier avec tellement d’énergie négative que de l’obscurité naîtrait une certaine lumière.

Est-ce que vous pouvez faire un lien entre cette tendance et votre amour pour les films d’horreur qui est d’ailleurs évident dans cette œuvre?

Je n’ai pas réalisé un film de genre classique, mes héros ne sont pas en péril comme dans un film d’horreur et il n’y a pas beaucoup de suspense ou d’horreur dans ce long métrage. L’horreur est reflétée dans l’attitude un peu fétichiste envers la violence et la brutalité. C’est une approche kitsch du film d’horreur plus apparentée à Paul Morrissey, à Jodorovsky, à Bruce LaBruce, etc.

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LIFE AND DEATH OF A PORNO GANG plays July 10th at 9:20pm in the Hall Theatre and July 12th at 3:20pm in the Salle JA De Seve.

Read more about Subersive Serbia on Dejan Ognjanovic’s blog at http://templeofghoul.blogspot.com/

Une réponse

  1. Un petit effort pour un orthographe correct serait fort apprécié. Merci.

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